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TITRE:

DEAD FICUS (30 MAI 2022)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

DEATH METAL



Bien que n'étant pas un nouveau-venu sur la scène hexagonal, venez découvrir Dead Ficus qui bouscule les codes et casse les fontières des styles métalliques...
STRUCK - 12.07.2022 -
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Dead Ficus a vu le jour en 2006 comme groupe de reprises, auriez-vous pensé en ce temps-là finir par devenir une formation à part entière avec ses propres compos et des albums ?

Dead Ficus c’est avant tout une histoire de potes. On parlait depuis un petit moment de faire de la musique ensemble, et on a simplement décidé un soir qu’on allait enfin s’y mettre. On a distribué les rôles et la semaine suivante on a commencé à répéter. Sans pression ni prise de tête, juste pour se faire plaisir.
Mais au fond de nous, même si on n’avait aucune idée du type de musique qu’on voulait jouer, je crois qu’on avait aussi envie de créer quelque chose tous ensemble, et donc d’écrire et enregistrer notre propre musique…


Beaucoup de groupes ont commencé de cette manière mais peu franchissent le pas pour écrire leurs chansons, quel a été l’élément déterminant dans votre parcours pour vous lancer ?

On s’est pris le temps !! Aucun de nous n’avait jamais joué avant dans un groupe de rock ou de metal. Et quand tu commences à écrire de la musique, et que tu as l’infini devant toi et encore aucun repère, bah ce n’est pas si facile que ça en fait !! Il faut du temps pour digérer ses influences, pour trouver et structurer son style, pour apprendre à retranscrire ses émotions, pour apprendre à composer en fonction du niveau technique du groupe, etc… Ça demande beaucoup d’abnégation et de patience…


Niveau reprises vous aviez un panel varié entre hardcore, heavy metal, rock et même hardcore, comment expliquez-vous une telle variété ? Chacun des membres du groupe posait sa marque sur les choix ?

Oui, tout à fait. Chacun a proposé des chansons qu’il souhaitait reprendre en groupe. Et on validait ensemble. On est tous assez hétéroclites, du coup le choix des reprises n’a jamais été un problème pour le groupe... Et puis on ne s’est donné aucune direction musicale au départ, on avait simplement envie d’essayer plein de choses. Pour tout dire ça nous a beaucoup amusés de reprendre Indochine ou AC/DC avec un chant hardcore !





Vous avez commencé à écrire vos titres vers 2010, le premier album est sorti en 2016, comment expliquer ce délai, vous aviez besoin de temps pour bien appréhender ce que vous vous vouliez proposer ?

Oui, probablement. Nos premières compos partaient un peu dans toutes les directions. On s’est longtemps cherchés ! On écrivait et on jouait avant tout pour se faire plaisir, sans aucune direction musicale. Quand on est entrés au studio pour enregistrer notre premier album, on voulait juste se faire une première expérience studio via une demo de 5 ou 6 titres. On y a eu de bonnes sensations, et au final on a enregistré 10 titres et fait un album complet.


Ce premier album c’est "Rise or Fall", et finalement à l’image  du ton varié de vos reprises vous avez proposé un disque varié entre hardcore, heavy metal et même progressif. Vous n’avez pas eu peur à l’époque d’effrayer les fans d’un style ou de l’autre avec une telle variété, c’était un sacré pari, mine de rien... Quel regard portez-vous dessus quelques années après, la fraîcheur des débuts avec quelques défauts peut-être ?

Non, on n’a pas eu la prétention de jeter un pavé dans la marre ! "Rise or Fall" est simplement le résultat de nos dix premières années de travail. Un album à la fois simple, direct, personnel et très spontané. On n’a absolument rien calculé, on n’a visé aucun public, on a simplement fait notre album. Finalement, on a été agréablement surpris par l’accueil assez positif qu’il a eu.
Pour tout dire,  je crois que c’est plutôt "Rise or Fall" qui nous a montré la route à suivre pour la suite, entre hardcore, melodeath et rock. On n’en était pas conscients avant, je crois. Si on avait choisi d’autres titres à l’époque on sonnerait peut-être très différent aujourd’hui.
Avec du recul je dirais que "Rise or Fall" souffre un peu de sa simplicité, qu’elle soit technique, structurelle ou harmonique. Certains titres mériteraient aussi plus de peps, et l’album dans sa globalité des tempi plus élevés. Aujourd’hui on retravaillerait les chansons différemment, c’est sûr. Mais "Rise or Fall" a aussi ce caractère direct, approximatif et spontané que l’on ne retrouve que dans certains premiers albums et qui les rendent attachants. C’est un album orienté vers l’émotionnel, qui mérite d’être écouté.  


Le petit nouveau c’est "All Else Failed", qui arrive six ans après son petit frère. Le délai peut s’expliquer je suppose par la pandémie qui a tout gelé pendant plus d’un an et demi ?

Oui mais pas seulement, nous voulions aussi tester de nouvelles idées et peaufiner les nouvelles compos, mais la pandémie nous a effectivement beaucoup ralenti. En mars 2020 l’enregistrement était quasiment terminé….


Cette pandémie a bousculé tout le monde, comment l’avez-vous vécue en tant que musiciens et humains ?

Assez bien finalement, je crois. Aucun de nous n’a été confiné (au sens professionnel je veux dire). On a des métiers très différents mais on a tous continué à travailler, à avoir du contact avec des collègues, etc… Tant qu’on garde un minimum de lien social (du vrai je veux dire, pas via les réseaux sociaux…), on vit. Tout le reste n’est pas si important. Evidemment on a très peu répété pendant 2 ans…. Mais là non plus ce n’est pas si grave, je trouve. Musicalement ca nous a permis de nous détacher un peu du groupe et de travailler des trucs qu’on n’a pas le temps de faire sinon…


Cela a-t-il changé quelque chose dans le groupe, dans votre manière de travailler et avez-vous pensé jeter l’éponge à un moment face aux difficultés engendrées par les restrictions ?

Non, absolument pas. Au contraire, après 15 ans d’existence ça nous a probablement fait du bien de faire une pause. On en ressort plus motivés encore !! Vivement les prochaines scènes !


Sur le nouvel album vous gardez votre cap artistique en mixant de nouveau influences progressives et influences hardcore, comment arrivez-vous à vous coordonner à l’écriture ? Cela n’amène pas trop de disputes entre les tenants de chaque bord ?

On a un processus de composition très vertical : c’est moi qui écris toutes les musiques, Sébastien les paroles. Pas par choix, on ne s’est jamais fixé de règles, ça s’est fait comme ça naturellement.
Je n’ai pas le souvenir qu’une compo ai déjà été clivante, ou qu’on m’ait déjà dit : « Ça, je ne veux pas jouer ». On a toujours tout travaillé, et chacun essaye de mettre sa patte.
Après avec le temps on a appris à prendre du recul sur les idées et arrangements de chacun. Je peaufine beaucoup les compos et j’ai souvent une idée très précise de ce que je veux entendre, mais j’essaye d’être peu réactif parce que dans le fond une idée qui dérange de prime-abord… est souvent une bonne idée ! Et puis je crois que c’est important que même si c’est moi qui écris, chaque membre puisse s’approprier les compos, que les compos deviennent ensuite celles du groupe.


Sur ‘New Fondation’, ‘On Thin Ice’, ‘Shell Of Science’ et ‘Breath/Suffocate’ je trouve votre mix très culotté, guitares et claviers me font penser à Maiden ou Dream Theater et le chant à Madball, j’ai appelé ça du hardcore progressif tant ça m’a surpris, vous vous retrouvez dans cette définition et dans ce mix que certains trouveront peut-être improbable ?

On a toujours eu du mal à définir notre style. Notre musique n’a rien d’expérimental, mais on a le cul coincé entre 2 chaises, ce qui nous donne un style finalement assez difficile à étiqueter. On se définit en général comme un mix de hardcore (pour la voix et certains riffs), de mélodeath (pour le coté très mélodique, même parfois heavy, et la présence du piano) et de rock (pour notre base rythmique simple et directe). Mais on nous a déjà attribué d’autres étiquettes, qui nous surprennent, tel que du trash ou du deathcore.
Il est vrai qu’on a envie d’intégrer nos influences hardcore à notre musique, et c’est finalement assez rare. Le hardcore est une musique hermétique que peu de groupes de metal intègrent à leur musique. La voix de Sébastien y est pour beaucoup, mais pas seulement. On a tous été fans de New York hardcore (des groupes comme Madball, SOIA), mais aussi de ce qu’on appelait à l’epoque le hardcore-metal, avant l’arrivée du metalcore (Pro-Pain, Spudmonsters, Earth Crisis, Vision of Disorder). On écoute encore ces groupes aujourd`hui et on se laisse volontiers influencer.
Dans un titre comme ‘Shell of Science’ par exemple, il y a clairement la volonté d’intégrer à une base hardcore une musique plus ambiante et mélodique, notamment par les changements rythmiques et la présence très mélodique du piano. Cette composition, de prime abord surprenante, n’en est pas moins ultra-fluide et efficace.
Tout ceci étant dit, je ne crois pas qu’on puisse nous étiqueter prog. J’écoute beaucoup de prog, du coup ton appellation me fait plaisir, mais je ne sais plus trop ce que veut dire progressif pour être honnête, et je ne suis pas sûr qu’un fan de prog se retrouve dans notre musique…


On a le sentiment qu’avec ces titres vous dites halte aux conventions, ça aurait être facile de mettre du chant clair par exemple, vous suivez votre piste sans vous retourner, c’est bien ça l’idée quand vous écrivez ?

Bah, on a un bon chanteur ! Et puis, ça fait 16 ans qu’on joue ensemble... J’ai appris à écrire et structurer nos titres autour du chant de Sébastien. Mais, on ne se ferme pas de porte, on ne refuse pas le chant clair. On ne veut simplement pas en rajouter par principe.


Ce faisant vous prenez des risques, vous n’avez pas peur que le public ait du mal à suivre ?

Non, on s’en fout. Faire de la musique c’est faire des choix personnels, ça n’a rien de démocratique… Et tant pis si les gens n’aiment pas. Il y a tant de choses à tester dans l’univers musical,  alors pourquoi forcément suivre une tendance ?
Alors, c’est sûr, le metal n’échappe pas aux modes dictées par les plates-formes, et de plus en plus on écoute 1 ou 2 chansons, on visionne 1 ou 2 clips, et on s’intéresse plus aux albums entiers. Du coup c’est vrai que c’est important pour l’auditeur d’avoir immédiatement des repères stylistiques. Mais à mon avis ce n’est pas suffisant si tu veux que l’auditeur fasse la démarche d’écouter ton album en entier, ou s’abonne à ta chaîne. Il faut aussi proposer quelque chose de personnel, de nouveau. Ça se joue souvent à pas grand’chose, à des petits détails, t’es pas obligé de faire une musique expérimentale ! Tu sais, le public metal est globalement plus exigeant que celui de beaucoup d’autres styles de musique, et n’apprécie pas tant que ça les clones. Tu ne peux pas tricher avec les métalleux, et c’est mieux comme ça ! Et tant pis s’il n’y a que 1 % des auditeurs qui comprennent et apprécie ta musique. 1% c’est déjà très bien !!


Car souvent les chapelles stylistiques sont dures à dépasser, c’est votre envie et votre ambition de réunir les gens et les genres autour d’un même drapeau ?

Non, on n’a pas cette prétention. On a juste envie de faire notre musique, et tant mieux si cela plait à des personnes de différentes sensibilités métalliques.


Garder juste le chant death hardcore c’est important j’ai l’impression, c’est totalement votre ADN et placer du chant clair reviendrait sans doute à perdre votre identité ?

Non pas forcément, au contraire on y a pensé. Mais on ne veut pas ajouter du chant clair pour ajouter de chant clair. Et puis c’est vrai qu’on ne veut pas sonner metalcore. On avait pensé inviter un chanteur/euse ou utiliser des chœurs, le covid en a décidé autrement… Mais ça aurait été par petites touches. On veut garder très majoritaire notre chant death hardcore.





A côté de cela j’ai aussi retrouvé un son plus death mélodique, je pense à ‘Reborn Without Fire’, ‘Empty Generation’ ou ‘Remission’, si je parle de At the Gates, In Flames époque Colony ou Soilwork ça te parle niveau influences pour ces chansons ?

Oui évidemment. On est des grands nostalgiques des années 90/début 2000. C’était la grande époque de Roadrunner (Sepultura, Biohazard, Machine Head, Fear Factory, Life of Agony, Type O Negative). Mais c’était aussi l’âge d’or de la scène death mélodique suédoise. Perso je connais peu At the Gates mais j’ai beaucoup écouté In Flames, Soilwork, Dark Tranquility, et Hypocrisy bien sûr.


J’ai apprécié surtout sur ces titres de retrouver le son originel de la scène, celui qui n’a pas évolué encore vers le metalcore, c’était votre idée de retrouver l’esprit qui a régné entre 1995 et 2002 environ ?

C’est surtout qu’on est des métalleux issus de cette période. On écoute encore beaucoup d’albums de metal ou de hardcore des années 90/début 2000, on revient régulièrement dessus…le côté un peu brut et énergique de cette époque nous correspond bien.


Je voudrais revenir sur le nom du groupe, la question est récurrente j’imagine mais je me demandais s’il y avait un concept derrière ce nom ?

Non, pas du tout. Au tout début du groupe on jouait chez moi dans le salon. Je m’étais acheté un ficus, mais j’ai pas vraiment la main verte et il a duré 3 semaines tout au plus….. On a longtemps joué autours de ce ficus mort ! Au début on l’utilisait même comme élément de déco pour la scène… Un jour Lulu (notre bassiste) a proposé ce nom, plus pour déconner qu’autre chose en fait. Mais progressivement l’idée a fait son chemin et on a réalisé que ce nom était bien en rapport avec le type de musique que nous faisions : un nom simple, mais qui surprend, qui interpelle, qui dérange…
Et puis ce nom correspond aussi bien à nos textes, entre mort (Dead) et vie (Ficus), rage et espoir, tristesse et optimisme. Sébastien écrit des textes assez sombres, mais n’aime pas être fataliste. Il y a souvent de l’espoir !!


Le ficus est dans certaines parties du monde synonyme d’éternité et a un rôle important religieusement, le fait de le voir mort doit y être vu comme une manière de voir notre société moderne sur sa fin ?

C’est surtout une métaphore par rapport à la quête de chacun de toujours vouloir plus. Et après avoir « enfin » obtenu ce que tu souhaitais, tu te rends compte plus tard que tu n’en avais pas besoin, ou que tu n’étais pas en mesure de l’apprécier à sa juste valeur. La quête du « en vouloir toujours plus », bien qu’humainement compréhensible, est un des grands maux de notre société. Mais c’est effectivement aussi une métaphore par rapport à la quête d’éternité de notre civilisation, ou nous pensons / souhaiterions être immortels ! La société occidentale rejette la mort comme si elle n’existait pas… même si l’actualité récente nous rappelle brutalement son existence !


La pochette de "All Else Failed" avec son soleil noir, ce ficus mort au-dessus d’un avion abattu sur un terrain dévasté est symbolique de cette idée de chute de nos sociétés ?

Oui mais pas seulement, ette image véhicule aussi un message plus optimiste : un arbre pousse sur cette épave et un enfant y a construit une balançoire, tel le début d’une nouvelle époque, d’une nouvelle ère…Tout à échoué, oui, mais seulement ce qui a déjà été essayé. Il a sûrement encore plein de choses à tester et à découvrir !


En fait j’ai pensé à quelque chose de sans doute délirant, l’avion représenterait le côté heavy, la lune noire pour le hardcore et l'arbre pour le prog, cette pochette serait un symbole de votre son et de votre diversité !

Bien trouvé ! C’est Flow de Chromatorium (qui a fait un superbe travail) qui s’est occupé de tout l’artwork, après avoir écouté notre disque. Faudrait que je lui demande, mais peut-être a-t-il pensé comme toi...
La lune noire nous inspire surtout pour son coté novateur ; c’est quelque chose de jamais vu dans notre monde, alors peut-être y a-t-il de bonnes surprises à attendre !


Qu’attendez-vous de cet album ?

Simplement qu’il trouve son public, aussi petit soit-il. Lorsque quelques personnes te remercient et te disent que ton album leur parle, c’est déjà très gratifiant.


Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Ecoutez de la musique, allez aux concerts (et tant mieux si c’est la nôtre !) et profitez et savourez la chance que nous avons de vivre dans un monde avec tant de richesses !


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/deadficus
 
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4/5

Quelque part entre thrash teinté de hardcore et metal progressif, Dead Ficus livre un "All Else Failed" au résultat détonnant mais très efficace.
 
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