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NO ONE IS INNOCENT (09 SEPTEMBRE 2021)


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INTERVIEWS
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-



No One Is Innocent est de retour avec un "Ennemis" qui sent le soufre. Music Waves part à la rencontre de Kemar et Popy
CALGEPO - 21.09.2021 -
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No One Is Innoncent ne peut pas rester sans silence face aux évènements qui ont émaillé la société depuis "Frankenstein" alors qu'on aurait pu croire qu'on avait touché le fond. "Ennemis" revient sur cette période avec une musicalité vers laquelle le groupe n'a jamais cesser de courir. Kemar et Popy nous en disent plus sur cet album et sur leur travail de musiciens.

"Frankenstein" dont tu nous disais être très fier en 2018 a été semble-t-il un tournant pour le groupe, que ce soit en termes de composition mais aussi de production, le perçois-tu toujours ainsi 3 ans plus tard ?

Kemar : Oui toujours, il nous a permis de franchir un cap depuis même "Propaganda". C’est à partir de cet avant-dernier album qu’on sentait que l’on voulait que notre production soit de plus en plus live.




Si "Frankenstein" était marqué du sceau de l’organique, "Ennemis" lui emboite clairement le pas avec notamment cet instrumental ‘Armistice’ et son acoustique, ses percussions, ses cordes, mais aussi de belles introductions (‘Forces du Desordre’) qui témoignent votre volonté de ne pas forcément guider les auditeurs uniquement les textes… "Ennemis" est il l’album de NOII qui en termes de structure est le plus musical ?

Kemar : Oui, c’est notamment dû aux compositions en elles-mêmes et à la production qui en a découlé avec le travail de Charles de Schutter avec qui on a collaboré. C’est l’album dont on a rêvé depuis pas mal d’années.


Le meilleur ami du musicien ou d’un chanteur, c’est le doute.


Quel a été le niveau de son implication et qu’est-ce qui explique que vous éprouvez toujours ce besoin extérieur pour vous orienter et gagner dans cette quête du toujours mieux ?


Kemar : Pour moi le meilleur ami du musicien ou d’un chanteur, c’est le doute. En fait, le doute fait appel à la discussion, à l’échange et c’est ce qui a été le moteur de cet album. On est parti de très bonnes démos réalisées par Shanka qui ont donné le ton à l’album et Charles de Schutter avait une bonne pression sur les épaules pour hisser les démos au-dessus.

Popy : Il fallait garder l’âme des compositions naissantes pour ensuite la sublimer après un travail de deux ans enfermés, et c’est bien quand ça matche avec un regard extérieur et frais qui te permet d’avoir un recul que tu n’as pas forcément, qui apporte son expérience. On était partis sur un aspect assez brut et il a réussi à les arranger.

Kemar : Il nous a surtout apporté de la musicalité…


Que vous n’aviez pas de vous-mêmes ?

Kemar : Si tu veux, il y a quelque chose d’assez instinctif quand tu as des morceaux qui commencent à naître. Tu les produis d’une certaine façon avec spontanéité mais on n’est pas dans une démarche de production. Il faut du temps pour affiner et on en a eu avec le confinement - comme quoi tout n’est pas si mauvais !


Ça a changé votre façon de travailler ?


Kemar : On avait plus de recul car depuis le début, d’album en album on était toujours au bord du précipice avant d’aller au mix, d’enregistrer… Il y a déjà deux morceaux qui n’auraient pas vu le jour si on avait suivi le même rythme. Ça nous a permis de plus réfléchir sur comment le faire et le produire.


Et qui sonne plus live comme pour témoigner une frustration après des mois de silence et d’abstinence de concerts…


Kemar : Il est assez évocateur de la frustration du confinement et de la rage qu’il y a dans les morceaux.


En tant que musiciens, le seul moyen encore d’être vraiment fiers et enthousiastes est de nous surprendre d’abord nous-mêmes.


Il y a chez vous ce sentiment sur cette base résolument rock de progresser et de ne jamais vous endormir sur vos lauriers alors que vous pourriez faire du AC/DC. On parlait de cet instrumental, mais aussi des pistes triturées de ‘Polit Blitzkrieg’, c’est aussi une manière de ne pas s’enfermer dans une forme de routine qui certes serait confortable mais qui à terme pourrait ternir votre intérêt pour la musique ?

Kemar : Nous en tant que musiciens, le seul moyen encore d’être vraiment fiers et enthousiastes est de nous surprendre d’abord nous-mêmes. Quand il y a à un moment donné une piste de morceau qui commence à voir le jour et qui t’excite, c’est ça qui nous intéresse. Et puis on n’a pas peur de faire un tel morceau qui n’est pas vraiment en rapport avec ‘Forces du Désordre’ ou ‘Dobermann’ et c’est ce qu’on a toujours fait dans nos albums.





C’est justement ce qu’on souligne alors que d’autres groupes s’enferment dans des formules qui ne changent pas car ils savent que ça marche ou qu’ils ont peur de perdre des fans ….


Kemar : C’est aussi le fait qu’on n’a pas peur de choquer ou de surprendre aussi notre public. On n’a pas peur d’avoir des critiques par rapport à quelques morceaux qui sortent du cadre particulier mais il y a en d’autres qui vont écouter ça et qui vont peut être aimer.

Popy : Tant que cela nous plait de les faire, on y va…


Vous avez besoin de vous créer des challenges volontairement ?

Kemar : Oui tout à fait, c’est le mot pour le groupe ! Tu as parfaitement raison. C’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui reste notre ADN mais on a besoin de tourner autour. Et ‘Polit Blitzkrieg’ a été une composition sur laquelle on a énormément travaillé en termes de prog.

Popy : C’est le parfait exemple car les samples guitares étaient assez nouveaux avec la rythmique qui est calquée presque sur un zouk… tout en gardant à l’esprit de savoir ce que ça va donner sur scène. Je me souviens qu’on avait adapté la batterie pour que l’on puisse déjà pressentir le résultat que cela donnera en concert. On retrouve cette transe qui est notre ADN. Et c’est ça le problème soit tu penses que album et tu penses live après et même si on part de ce principe, on ne peut s’empêcher de tout de suite penser au live en cours de composition.

Kemar : Mais ça c’est aussi, je mets souvent mon grain de sel là-dedans parce que j’ai besoin en chantant que mon corps s’exprime sans être forcément sur scène. C’est quelque chose que je fais passer aux copains et ils vont se dire que quand je commence à m’exciter : ça va être pas mal.

Popy : C’est effectivement très viscéral…


C’est la définition d’un album rock en fait qui n’est pas fait pour être écouté dans son coin mais à vivre en live ?

Kemar : Oui, et en même temps malgré tout, il  y a cette idée d’avoir un producteur qui nous rend plus musical et c’est pour ça que ce nouvel album a été une très bonne expérience.


L’album est un brulot incroyable, l’expression d’une frustration, une explosion thérapeutique tant dans les textes que dans la musique où les riffs sont terribles mais aussi la rythmique (dont le point d’orgue est pour moi ‘Bulldozer’), "Ennemis" est il la synthèse et la symbiose de vos années d’expérience ?


Kemar : Exactement.

Popy : C’est exactement ce qu’on s’est dit. C’est-à-dire qu’à l’échelle de "Propaganda" et de l’album précédent, "Ennemis" en est la résultante, un mix des deux entre le côté plus brut de "Frankenstein", plus corsé avec le côté plus léché et chansons de "Propaganda" et ça rejoint ce que dit Kemar dans la musicalité.


Où sont les nouvelles idées ? C’est quelque chose qui nous plombe et on ne touche plus le fond, on est dans le gouffre le plus total !


Depuis "Frankenstein » qui évoquait notamment les conséquences de la politique étrangère de la France (qui a abouti aux attentats…) dont on mesure encore les dégâts, il y a eu les Gilets Jaunes, les violences policières, mais aussi la violence ordinaire, la pandémie, les confinements… tu disais qu’en 2018 on avait touché le fond… mais je crois qu’on creuse encore et que cela constitue encore une source d’inspiration inépuisable pour le groupe ?

Kemar : C’est pas faux ! Si on prend un exemple d’actualité, c’est la pauvreté incroyable des candidatures à l’élection présidentielle. C’est affligeant ! Une telle élection c’est fait pour avoir de nouvelles têtes, avoir des gens qui aient de nouvelles idées ou qui sortent de l’ordinaire et pas comme par exemple Marine le Pen qui veut nationaliser les autoroutes… C’est dramatique. Où sont les nouvelles idées ? C’est quelque chose qui nous plombe et on ne touche plus le fond, on est dans le gouffre le plus total !

Popy : On a l’impression d’être un peu à l’arrêt !






Ce n’est pas le résultat d’un appauvrissement culturel plus général ?


Kemar : Oui, aussi. Il y a une chose qu’on devrait reconnaitre des Etats-Unis c’est que quand tu pars en tant que candidat à l’élection présidentielle et que tu perds, tu dégages. Et nous ce n’est que du ressassé, les mêmes têtes qui reviennent…


Ce que vous dites dans ‘ La Caste’ …

Kemar : Voilà, une espèce d’orgue de barbarie qui est plombant. Pour la jeunesse je trouve ça dommage et dramatique.


Voir que rien ne change autour de nous ne vous apporte pas une sorte de lassitude ? D’autant que médiatiquement, les groupes engagés ou concernés ont de moins en moins de visibilité (on voyait plus à l’époque des Noir Desir…) voire ont un engagement qui est plus individualisé par rapport aux années 80-90 ?

Kemar : Oui, je vois ce que tu veux dire ! Mais déjà ça passe par l’expression du langage. Si on était une ribambelle de groupes avec cette musique-là à chanter en français ça serait différent. Les paroles ont du sens et il faut qu'elles soient comprises par tous. 

Popy : Il n’y a pas énormément de groupes qui chantent en français…

Kemar : Dans rock, le metal…

Popy : Puis l’époque est un peu lisse…


Quand tu prends un risque tu te fais défoncer un peu partout. Il y aura toujours quelqu’un pour te dire que ta musique est hors cadre…



Mais c’est entretenu par les médias qui n’osent plus prendre de risques..


Popy : La prise de risques de nos jours n’est plus à la mode. Quand tu prends un risque tu te fais défoncer un peu partout. Il y aura toujours quelqu’un pour te dire que ta musique est hors cadre…

Kemar : Qu’elle ne ressemble à rien…

Popy : Quand tu parles plus des médias tu as l’impression qu’ils ne veulent plus être emmerdés par des polémiques ou autres.

Kemar : J’ai la sensation que notre liberté fait peur. Faut être honnête et franc, la reconnaissance médiatique ça fait longtemps qu’on est sortis de ça. Mais si cette musique-là n’est pas exposée comme elle devrait l’être parce qu’il y a des groupes intéressants, intelligents qui disent des choses sensées, c'est souvent le fait d'une bande de journalistes qui vont au Hellfest qui disent que c’est génial puis, après être revenus dans leurs bureaux, continuent à pas passer ces groupes parce que tu vois ça fait pas d'audience ou c'est trop marqué… Ils vont au Hellfest car pour eux c’est le carnaval ! Notre maison de disques nous suit à fond et face à des médias mainstream cette liberté est un peu dérangeante !


Ce n’est pas mieux finalement d’être dans l’underground pour faire passer des messages ?

Kemar : Complètement, ça nous va hyper bien. Il y a des milliers de gens qui nous suivent grâce notamment à notre longévité et nos productions. Le caractère authentique des thèmes et notre exigence vis-à-vis de nous, on récupère cela.





Vous n'avez jamais perdu cette authenticité malgré la reconnaissance venue tôt qui aurait pu vous griser...


Kemar : Car on a toujours été conscients de la musique qu'on faisait. On était conscients qu'on n'allait pas passer sur toutes les radios, voir nos clips partout. On a vécu avec cette idée d'écrire les chansons qu'on voulait sur des thèmes choisis et de rencontrer en live les gens qui nous aiment.

Popy : On est dans le concret même si on est sur les réseaux, on a la chance d'avoir nos fans qu'on croise souvent, et d'avoir une maison de disques qui nous garantit d'avoir une telle liberté sans pression.

Kemar : J'ai toujours l'exemple de certains artistes médiatiques qui à un moment donné ont décidé de faire un morceau engagé, mais attention, ce n'est pas la même ! Il y a des managers autour, des labels qui freinent un peu, qui contrôlent... Il y a beaucoup de question d'image...

Popy : On fait de la musique pour nous et pour les gens qui sont dans le concret et ça reste un peu en vase clos.


Sans pour autant imposer un message !

Kemar : Il y a des musiques et sur ces musiques il y a des paroles, mais ce qui drive ou conditionne le groupe ça reste la musique. C'est ça qu'on veut faire comprendre ! On est guidés par la musique, les paroles viennent après. Quand on écrit une musique, il faut qu'elle-même elle raconte une histoire. Ce sont les mouvements qu'elle va produire, les cassures qu'il va y avoir, les harmonies... Tout cela inspire le texte. On n'aurait jamais écrit le texte de 'Force du Désordres" sur 'Polit Blitzkrieg'...


Il y beaucoup de silences...


Kemar : Ne pas avoir peur de faire une intro de 1 minute 48s... Je me rappelle avoir dit aux autres que j'allais venir plus tard... Ils me disaient de venir mais je leur répondais de laisser vivre le morceau, la musique. Rien que ça, ça raconte quelque chose et c'est ça qui est excitant... Les paroles ça vient après.


On parle souvent de musique, mais il y a un instrument dont on parle pas souvent c'est la voix qui est très expressive, ça te demande de l'entrainement ?

Kemar : Non, c'est très instinctif. Quand on travaille tous les trois avec Shanka, je reste toujours en retrait et souvent vers l'après-midi, je leur demande de me passer le micro parce que je me suis nourri de ce que la musique disait, racontait et là, avec mes thématiques, des punchlines arrivent... C'est très animal et d'instinct. Je suis comme ça, comme je suis sur scène. J'aime cette façon de bosser. C'est hyper physique. On est dans la création à l'image de ce qu'on est sur scène.


Et bientôt à vous voir sur scène !

Popy : On a fait 5 festivals cet été, c'était top avec du monde sans masques ! La vraie vie ! Sans restriction. Ça fait du bien...


Merci beaucoup !


Merci à toi c'était cool.



Plus d'informations sur http://nooneisinnocent.net/
 
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