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TITRE:

WHEEL (18 FEVRIER 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

METAL PROGRESSIF



Wheel fait assurément partie des figures montantes du metal progressif, comme en témoigne la sortie imminente de leur deuxième album "Resident Human". Rencontre avec leur chanteur, un Anglais exilé en Scandinavie !
DARIALYS - 24.03.2021 -
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Remarqué dès la sortie de son premier album "Moving Backwards" paru en 2019, le groupe finlandais s'est offert le luxe de partir avec Soen en tournée européenne pendant deux mois. Forcé d'annuler sa tournée l'année dernière, le groupe s'est remis au travail pour sortir son nouvel album, "Resident Human". Le leader du groupe, James Lascelles, est revenu sur les deux dernières années vécues par le groupe et sur ce qui les attend par la suite.


Nous aimons commencer nos interviews par la question suivante : quelle est la question que l’on t’a trop souvent posée et à laquelle tu en est fatigué de répondre ?

James Lascelles : "Qu’est-ce que ça fait d’être Anglais et de vivre en Finlande ?", je pense que ce serait celle-là ! En fait, je jouais dans plusieurs groupes en Angleterre quand j’étais à l’université : j’étais dans un groupe de jazz acoustique, dans un groupe de covers, dans un groupe de rock… J’ai rencontré un musicien finlandais qui m’a invité de nombreuses fois dans son pays pour jouer et j’ai fini par aller vivre là-bas. C’est la version courte ! (Rires).




Après votre premier album, vous êtes partis en tournée avec Soen en 2019. Vous êtes notamment passés par Paris. Comment avez-vous vécu cette tournée et quelles en ont été les retombées ?

James : La tournée a été incroyable. Il y a des tournées où il peut y avoir une certaine distance avec les autres groupes, mais là, dès le premier concert, certains musiciens de Soen sont venus nous voir pour nous dire qu’ils avaient beaucoup aimé notre album et qu’ils étaient contents d’être en tournée avec nous. C’était comme si on était en famille pendant 2 mois. On est toujours assez proches d’eux, on se parle une fois par semaine, je dirais. Ils ont été très généreux avec nous et nous ont beaucoup encouragés. On a été très chanceux, ça a été une très belle première expérience de tournée. On a adoré le concert à Paris aussi.


On était au concert ! C’était une très belle performance !

James : Vraiment ? Merci beaucoup ! On a passé un très bon moment. Ma mère est française donc on venait tous les ans en France quand j’étais jeune jusqu’à mes 15 ans environ. J’aime les Français et cette culture. Quand cette pandémie sera terminée on sera ravis d’y retourner !


Comment avez-vous vécu cette année 2020, avec une annulation de tournée, un changement de line-up… Est-ce que cela a généré des doutes en vous, concernant l’avenir du groupe notamment ?

James : Certains disent qu’on a été courageux de créer ce groupe mais personnellement, je pense exactement l’inverse. Je ne pourrais pas faire autre chose, en réalité. Bien sûr qu’on doit faire face à des difficultés, il y a des choses que tu dois améliorer… Ça fait partie du deal. Mais je m’en sors bien. Comme je m’occupe principalement de l’écriture des morceaux, je me concentre surtout là-dessus. Je ne m’occupe pas de certaines autres choses que je ne voudrais pas du tout gérer comme la compta par exemple. Santeri (Saksala, le batteur, ndlr) ne se plaint jamais alors qu’il a toujours géré la compta depuis des années en plus d’être un super batteur ! Je me considère chanceux ! (Rires)


Votre nouvel album s’appelle « Resident Human ». Il est donc sorti pendant cette crise pandémique. On aurait pu croire que vous auriez parlé de cette crise du covid, mais vous parlez de beaucoup d’autres sujets comme la culture, le mouvement Black Lives Matter… C’est important pour vous de faire passer un message dans vos textes ?

James : Je parle de ce que je connais. Je suis passionné de philosophie, de psychologie, de développement personnel… On essaye d’adopter une démarche sincère et authentique. Pendant un certain temps, j’ai eu du mal à dire ce que je pensais et ce que je ressentais vraiment.


Il y a 7 morceaux sur cet album. La moitié d’entre eux dure 10 minutes. Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous : de composer de longs titres ou d’arriver à condenser vos idées sur des formats plus courts ?

James : Les deux sont difficiles à leur façon ! Mais peut-être est-il plus difficile d’écrire des chansons courtes pour nous. Nous avons besoin de morceaux courts car cela nous permet de bénéficier d’une certaine visibilité. La question c’est : qu’est-ce qu’on peut faire de super bien sur 4 minutes 30 ? Mais on est très contents du résultat !


J’ai appris beaucoup de Tool et de Karnivool




Le premier morceau fait preuve d’une progression jusqu’au titre final. On vous a souvent comparés à Tool et à Karnivool mais il semblerait que vous ayez quelque chose de plus depuis le début. Aviez-vous pour volonté de vous affranchir de ces influences-là ?

James : Oui ! Avec la pratique, on sait ce qui marche bien, ce qui marche moins bien, ce qu’il faut que l’on essaye à l’avenir…  J’ai appris beaucoup de Tool et de Karnivool, en effet. Je me rappelle de la première fois où j’ai écouté "Aenima" de Tool. Ce qu’ils faisaient dans les structures et les arrangements, ces évolutions d’ambiances puissantes, j’ai beaucoup aimé. Les gens disent toujours que tout a déjà été fait, et puis Tool lâche "Fear Inoculum" et c’est incroyable. Si tu écoutes Karnivool, leur album "Sound Awake", c’est parfait aussi. Il y a une véritable aventure du début à la fin, et on essaye de copier ce format, on veut créer une histoire qui va emporter les gens. On a voulu essayer quelque chose de nouveau !


Vous avez gagné en confiance aussi ?

James : Oui, absolument ! Avant de sortir notre morceau ‘Movement’, certains membres du groupe étaient anxieux. Il y avait cette peur de la réaction du public. C’est très toxique. Moi-même, j’avais assez peur de la réaction des gens. Mais la réaction n’a pas été négative ! De plus, on aborde les sujets que l’on souhaite vraiment aborder. Même si je le dis très clairement, je ne crois pas que les thèmes que l’on traite dans nos chansons permettront de guérir la société !


Il y a un peu plus de mélodie sur cet album que sur le précédent, notamment sur le titre ‘Hyperion’. Y a-t-il une volonté de rendre votre musique plus accessible ?

James : Ce n’était pas forcément intentionnel. Je pense que ça a coïncidé avec les arrangements qu’on a choisis. Le morceau ‘Ascend’ par exemple est presque un clin d’œil aux morceaux rock des années 90, même s’il y a des côtés un peu étranges comme les signatures rythmiques sur certaines parties. Sur ‘Hyperion’ il y a des parties très heavy, avec beaucoup de distorsion sur la basse pour avoir un côté très massif.


Vous mélangez beaucoup de styles comme le metal progressif ou le grunge. Votre musique nécessite un certain effort pour l’apprécier entièrement, notamment au niveau de l’usage des polyrythmes, à une époque où la majorité des gens veulent de l’instantané, de la musique accessible. Qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que c’est difficile de produire une telle musique à notre époque ?

James : On y pense beaucoup, oui. La majorité des gens, quand ils écoutent un album, c’est pour se divertir. C’est pour ça qu’on essaye de véhiculer des messages intéressants, les paroles sont importantes également. Concernant le monde du prog, beaucoup de musiciens de cette sphère sont d’excellents techniciens et vont naturellement explorer cette dimension-là dans leur musique. Cette technicité peut être un frein pour certaines personnes qui ne vont pas réussir à la comprendre. Parfois, plus c’est simple, mieux c’est. C’est pareil au niveau de la communication : plus tu peux dire les choses simplement, mieux c’est. Le but de parler c’est avant tout d’être compris ! Je pense que c’est la même chose avec la musique. On veut que notre musique soit fun à écouter.

 

Je me sens libre d’exprimer ce que je veux dans la musique

 

Est-ce que tu penses qu’il est possible d’être à la fois authentique et mainstream aujourd’hui ?

James : Je ne sais pas si c’est possible pour nous, mais en général je pense que c’est possible. Billie Eilish est un très bon exemple. Je trouve qu’elle est très authentique. Elle fait du bon travail ! Ce n’est pas le genre de musique que je voudrais jouer mais j’aime bien écouter ce qu’elle fait. Ce qu’elle fait me semble très sincère. Après, j’imagine qu’elle n’écrit pas la majorité des titres qu’elle chante, mais c’est ainsi que l’industrie fonctionne. C’est devenu une norme d’avoir une équipe de compositeurs qui travaillent pour les artistes. Billie Eilish en tout cas a des chansons où on a le sentiment qu’elle décrit vraiment ce qu’elle ressent. Elle a une chanson sur sa relation avec son frère et c’est une très belle chanson ! Le chant est super, la production est fantastique. Tout cela m’a l’air authentique. Mais je pense que c’est dangereux et facile de se laisser glisser dans cette industrie-là. Moi-même, je ne vais pas être hypocrite, j’ai des jours où ça va bien et d’autres où cela va moins. Mais globalement, je me sens libre d’exprimer ce que je veux dans la musique.


Parlons de ton chant et de ta manière de chanter. Ton chant nous semble plus expressif sur cet album. Est-ce que tu as fourni un travail particulier pour atteindre ce résultat ?

James : Non ! J’ai commencé à chanter quand j’avais 15 ou 16 ans. A l’époque, le chanteur du groupe dans lequel je jouais de la guitare est parti. On avait des concerts à assurer alors j’ai chanté mais j’étais très mauvais. J’ai continué à travailler mon chant, j’ai rejoint plusieurs groupes, j’ai joué des reprises dans des bars à la guitare acoustique avant de jouer avec Wheel. J’ai beaucoup travaillé ma voix et mon endurance. Mais oui, il y a plus de dynamique dans cet album en tout cas. Je ne fais pas que gueuler, on va dire, il y a des moments plus émouvants. Il faut juste servir la chanson, la chanson est reine.


‘Fugue’ est une jolie ballade, très céleste avec une belle basse aérienne. Ce titre semble très personnel et apparaît comme une respiration au milieu de l’album. C’était le but de cette chanson ?

James : Merci de le dire car c’est exactement ce qu’on visait ! Cette basse dont tu parles, c’est une idée que j’ai eue, et elle s’est concrétisée un peu par hasard. Mais oui, cette ligne de basse fait tout. Mikko (Määttä, le bassiste, ndlr) a réalisé une très belle performance.


On aime beaucoup ce morceau, en tous cas.

James : Merci beaucoup. Quand on a eu terminé d’enregistrer le morceau, honnêtement, je n’étais pas sûr que ce morceau ait sa place sur l'album. Mais avec le recul, je trouve qu’il a tout à fait sa place.


Le morceau ‘Resident Human’ est certainement celui qui symbolise le plus les racines de Wheel. On y retrouve le thème de l’humanité et le fait que nous ne sommes que de passage sur Terre. C’était important pour vous que ce soit ce que l’on ressente à l’écoute de ce titre en particulier ?

James : Ce n’est pas exactement le message du morceau mais c’est assez proche de ce que l’on a voulu dire. Je vais voir un thérapeute depuis deux ans. Il y a à peu près un an, elle m’a dit quelque chose de très intéressant. L’idée est que tout ce que nous observons nous fait réagir. Si tu votes pour quelqu’un à une élection et qu’il perd, tu es déçu ou en colère. Si quelque chose de grave t’arrive, tu vas avoir une réaction émotionnelle. Mais si tu prends une montagne, elle reste là, elle existe, sans bouger, elle ne va pas disparaître. C’est une sorte d’observateur constant et silencieux. L’idée est d’essayer d’analyser les choses avec moins de jugement, trouver de la joie dans nos vies alors que quotidiennement, on est bombardés de nouvelles parfois mauvaises. L’antidote est d’arriver à se détacher de tout cela pour apprécier le moment présent.


La chanson ‘Old Earth’ clôture l’album sur une note mélancolique et sereine à la fois. La fin du morceau est apaisée. Comment expliques-tu cette fin surprenante ?

James : Là aussi, c’est aussi un peu accidentel ! Quand on a enregistré la basse et la batterie, il y avait un grand piano dans le studio, un vieux Yamaha. Le morceau ‘Resident Human’ est très puissant alors on a eu envie de contraster ça sur le dernier morceau.


Quand on écoute cet album, cela nous fait penser à un voyage, à un film, une série. C’est important pour vous de donner cette coloration cinématographique à votre musique ?

James : Oui, il y a une similarité. Je pense que ça vient principalement du fait que l’on ne se dépêche pas pour sortir un album. On prend notre temps.


Qu’est-ce que vous espérez pour cet album et cette nouvelle année ?

James : Actuellement, c’est très difficile à dire. En termes de tournée, on ne sait pas à quoi s’attendre. On espère que les choses vont se relancer prochainement. On n’a rien planifié de concret pour l’instant. Il y aura peut-être une possibilité cet automne, mais rien n’est encore engagé pour le moment. Je suis très excité parce que je pense que l’album est vraiment bon, je suis fier de ce qu’on a produit. Maintenant, on va voir comment les gens vont réagir ! Avec "Moving Backwards" j’étais un peu anxieux, mais ce coup-ci, j’ai hâte que ça sorte ! C’est vraiment un bel album et ça va être intéressant d’avoir le retour des gens.


Au début de l’interview, on t'a demandé quelle était la question que l’on t’avait posée trop souvent. Au contraire, quelle serait celle que tu aimerais qu'on te pose et qu'on ne t'a pas posée ?

James : Honnêtement, tu as fait un super travail ! Merci beaucoup de nous avoir accordé de ton temps. On est très reconnaissants envers les personnes qui attachent de l’importance à ce que l’on fait, ce qui t’inclut toi et tous ceux qui s’intéressent à nous en général. Merci beaucoup !


Merci James, merci pour votre musique ! On espère vous revoir à Paris prochainement !

James : Merci, on en sera ravis !



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/wheelband/
 
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