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TITRE:

STUBORA (15 DECEMBRE 2020)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

HEAVY METAL



25 ans de carrière et Stubora est toujours là, encore plus fort et soudé. Music Waves rencontre le batteur Niala pour évoquer "Vision Obscure" et nous parler de son mentor, un certain Mike Portnoy.
CALGEPO - 16.04.2021 -
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Après "Horizon Noir" Stubora revient avec un EP de circonstance 'Vision Obscure" qui prend un sens encore plus grand en cette période. Malgré les vicissitudes de la vie d'artistes, le groupe est toujours présent avec une envie jamais écornée. Rencontre avec Nalia qui nous en dit plus sur cet EP concerné.

Comment avez-vous ressenti l’accueil positif d’ "Horizon Noir" sorti en 2019 ?

Niala : Ça a été compliqué parce qu'on n'a pas pu développer l'album en live. Or c'est le principe d'un album pour moi, pouvoir le défendre sur scène. j'aime bien cette expression le défendre, comme si on défendait une thèse. C'est l'accomplissement d'un travail de longue haleine. Avec le confinement on est resté sur notre faim avec "Horizon noir" ! Il y a eu quelques retours dans les média mais pas suffisamment à cause de la pandémie. C'est un album qui reste à défendre. On a bon espoir que tout cela puisse reprendre en septembre 2021.





Vous aviez eu des amorces ?


Non pas du tout, et on compte bien faire d'une pierre deux coups avec l'EP qui est sorti en fin d'année. Il est dans la continuité dans l'aspect noirceur et obscurité.


Quand je vois nos têtes sur la photo alors qu'elle a été prise avant les évènements, je me dis que c'est tout le monde qui a cette tête-là ! C'était prémonitoire.


2020 a été une année sombre avec la pandémie, est-ce que cet EP "Vision Obscure" est venu en réaction par rapport à ces évènements ?

Absolument ! Même si au départ ce n'était pas prévu. Au début du confinement on a vu qu'on ne pouvait pas travailler comme d'habitude, notamment les répétitions pour des éventuels lives. On s'est posé la question de savoir ce qu'on allait faire pour éviter de tomber dans les oubliettes. Chacun a travaillé dans son studio avec des reprises puis comme on a l'habitude de travailler séparément on s'est lancé dans ce projet d'EP, un nouveau projet de bout en bout puisqu'on avait que ça à faire. On sortait d' "Horizon Noir" avec la caricature d'un monde dans lequel on vit, la politique actuelle, la pollution... Maintenant on est toujours dans cette terre qui est abimée par nous et on rentre dans ce confinement avec les questions que cela pose : qu'est-ce que c'est que ce truc ? Toute les questions complotistes autour de ça... On en vient à se dire que c'est peut être un complot pour relancer l'économie ? Cela traverse l'esprit de certaines personnes. On a actuellement une vision obscure. La pochette est minimaliste avec le triangle qui nous représente. Quand je vois nos têtes sur la photo alors qu'elle a été prise avant les évènements, je me dis que c'est tout le monde qui a cette tête-là ! C'était prémonitoire. On est aigris, morts-vivants. C'est pas du pessimisme mais une constatation. L'homme a des ressources, on va sortir de ça.


Voir la culture et donc la musique être catégorisée comme "non essentielle" a dû vous mettre en colère ?

On a chacun nos boulots, heureusement, mais pour ceux qui en vivent c'est essentiel. C'est très compliqué en ce moment.


Est-ce que cette période vous a mis le doute, tu me disais ne pas avoir trop d'amorces pour les concerts avant le confinement que l'on connait en 2020 ? Cette période pouvant accentuer ces doutes sur le fait de continuer ?

Non, pas du tout ! Avant toute chose, le groupe a 20 ans de carrière, il est né en 1996 (24 ans). On est passé par des déconvenues, on a eu un distributeur qui n'a pas fait son job puisqu'on a retrouvé nos CD dans un hangar, on a eu un tourneur qui nous avait promis des choses mirobolantes et on a fini par faire un concert dans un troquet au Luxembourg et une soirée de Saint Sylvestre je ne sais plus en quelle année avec 10 personnes où c'était les femmes de ménages, videurs... Mais on s'est toujours relevés, là on sort un EP et ce n'est pas quelque chose de commun surtout pour des groupes qui ont l'habitude de bosser ensemble. Nous notre situation fait qu'on travaille séparément et c'était une question qu'on m'avait posé en intégrant le groupe, savoir ce que j'avais comme matos... J'avais mon propre studio et donc on s'est bien trouvés. Et cette méthode nous plait.





Cette osmose vous l'avez même à distance ?

Oui : quand tu écoutes nos disques, on n'a pas l'impression que les gars ont fait ça à distance... Surtout pour les précédents albums on avait l'habitude de se réunir une fois tous les mois et demi avant d'enregistrer, là ça n'a pas été le cas, on m'a balancé les fichiers... et le résultat est top. On a beaucoup échangé, c'est un sacré accomplissement. On se fait confiance et on n'hésite pas à se dire les choses, on ne se vexe pas et on se remet en question, ça n'a pas été le cas dans nos autres groupes.


Le fait de sortir un CD sous forme d’EP est quelque chose qui est devenu presque une norme, vous l’aviez fait en 2006, est-ce que ce format est un format que vous allez renouveler plus souvent par la suite pour gagner en visibilité et occuper l'espace public, ce qu'un album qui demande peut -être plus de temps à faire ne peut pas permettre ?


Oui et non. Oui car ça nous permet de sortir un projet de façon plus rapide. On a une reprise d'un titre du dernier album. J'étais septique sur le coup mais ça sonne avec cette nouvelle dynamique. Des EP c'est mieux pour ça car ça alimente dans le temps mais je reste attaché au format album car c'est quelque chose qui pour moi est plus approfondi avec un recul nécessaire d'un an de travail, je trouve ça très bien aussi. Les deux me dérangent pas.


Il y a une part de latence et d'improvisation sur la réaction des gens.


C'est pas plus difficile de sortir un EP car il y a peu de titres et il faut qu'ils soient de qualité, il y a moins le droit à l'erreur peut-être ?


Non, car tu n'as jamais le droit à l'erreur. C'est un bébé un album, il faut le défendre. Il y a une part d'autocritique et une forme de censure du public. Nous on a fait cet EP-là,  et je pense que ces titres n'ont pas à être plus tip top que sur un album. Soit on fait quelque chose de bien à notre niveau mais qui ne les sera pas pour celui qui va l'accueillir. Il y a une part de latence et d'improvisation sur la réaction des gens. On peut avoir quelque chose qui dans la dynamique sera moins bon mais ce sera la réaction des auditeurs. Ça ne veut pas dire que ces morceaux sont moins bons car nous on s'est mouillés sur chacun de ces titres. Sur nos précédents albums, nous avions une vingtaine de titres et on s'est contenté de 13. On a mis de côté un titre où je m'étais défoncé à la batterie avec un fade out en samba, quelque chose d'intéressant... Finalement on a décidé de le laisser : c'est pas grave !


J'ai travaillé longtemps cela, mon mentor est Mike Portnoy de Dream Theater, j'ai travaillé des plans à lui.



Justement, la batterie tient un rôle important dans le groupe et notamment dans cet album. Vous laissez une grande part à l'expression musicale notamment dans 'Vision' où il faut souligner ton travail impressionnant en termes de breaks. Cet équilibre est une chose à laquelle vous êtes consciemment attachés ?


Oui absolument, c'est aussi pour laisser part à deux choses. Les paroles en français : si on veut être respectueux de notre langue, il ne faut pas qu'elle se noie sous des distorsions ou des breaks de batterie... Il faut faire attention aussi à ne pas pousser les voix au mixage sinon ça risque vite de sembler ringard et has been. On a l'habitude pour être contemporain de faire attention aux sonorités, il faut avoir du bon matériel. Le fait de sous-mixer les voix, même si on ne comprend pas tous les textes, ça implique les gens à les lire. Par rapport à ça, la deuxième chose, on a une voix de Cyril qui est gore et thrash et la voix de Mick qui est très mélodique et donc c'est une richesse aussi. Notamment dans le titre 'Existence', on a le refrain partagé. On ne peut pas venir bousculer cela avec une grosse batterie, il faut de la musicalité. J'ai travaillé longtemps cela, mon mentor est Mike Portnoy de Dream Theater, j'ai travaillé des plans à lui. Chaque break est calculé, je me fais plaisir tout en restant attentif aux compositions des autres en apportant ma technique rythmique.





Tu citais Mike Portnoy, on lui a souvent reproché d'être très technique plutôt que "musical" je sais pas si le terme est approprié, j'entends chez toi du Neil Peart de Rush....

A la base je viens du jazz fusion. Avant Portnoy, j'ai travaillé du Dave Weckl... Je suis pas tout à fait d'accord avec les critiques sur Portnoy parce que je trouve qu'il a beaucoup de musicalité. Si tu prends Jordison c'est de la technique pure. Avec Mike et son nouveau groupe Sons Of Apollo, tu vois qu'ils ont repris du Floyd, des orchestres symphoniques... et quand tu vois comment il travaille avec ses petites cymbales dont il a fait la marque, c'est signe d'une finesse. Si Joey Jordison fait ça il explose le truc par exemple il lui en faut un paquet derrière. Je suis pas trop d'accord avec ces critiques.


Ce n'est pas avec un tri sélectif et trois éoliennes qu'on va rétablir la situation !



On parlait des textes, cet EP semble témoigner d'une certaine fatalité voire d'un défaitisme ambiant notamment dans 'Obstiné', est-ce que vous avez perdu toute foi en l'humanité ?

Exactement. Ce titre est une perte de confiance en l'être humain en ce qu'il est destructeur. C'est un titre de Mick. On se demande où l'homme va ? On va sortir du confinement j'espère bientôt mais pour continuer la destruction de la planète. Je suis un révolutionnaire dans l'âme, mais plutôt que de dépenser des dollars à explorer Mars (construire une base), il y a encore des gamins et des gens qui crèvent dans la rue ! J'ai été voir des reportages sur Youtube, dans les années 70 il y avait des gens qui tiraient déjà la sonnette d'alarme. Depuis 50 ans on détruit tout ! L'Amazonie est un scandale. Ce n'est pas avec un tri sélectif et trois éoliennes qu'on va rétablir la situation ! Effectivement, les cinq titres reflètent, à part 'Attaque', ce constat. On est en dehors des réalités, certains se plaignent pour rien. Quand tu entends tout le temps ces cons de politiciens, ils font rien, il prennent des décisions puis le contraire le lendemain...  Si t'es intelligent, tu fais science po et tu y vas !


Déjà tu votes et tu essayes d'influer ...

Oui c'est un aspect négatif mais c'est beaucoup du contestataire. Est-ce qu'on peut avoir encore confiance en l'être humain ? Est-ce qu'on peut encore avoir de vrais amis. Il n'y a rien de pire aujourd'hui que d'envoyer un sms avec un smiley. Tout est objet à interprétation car tu n'as pas l'intonation de la voix, tu ne vois pas la personne...





C'est encore le rôle des artistes de faire ce constat-là ou de provoquer une prise de conscience ? Beaucoup étaient concernés dans les années 80 pour des causes, aujourd'hui ça l'est moins il semble ?

On a de plus en plus de mal à penser à l'autre. On essaye d'abord de creuser un tunnel dans son jardin pour stocker du riz. On attend la troisième guerre mondiale mais elle sera beaucoup plus rapide. C'est notre rôle car on a la parole plus facile, on le fait sous une forme différente qu'un discours et on peut être relayé par certains médias. On touche plus de monde, on a plus de possibilités que chacun dans son coin. Le côté artistique est ce qui va rester après. Il faut que ce soit important, partager ses convictions et dire attention, ne soyez pas révolutionnaires mais regardez, observez ce qui se passe. C'est un partage...


C'est donner à réfléchir cet EP ?

Tout à fait. Mais comme il n'y a pas une voie directe dans nos paroles, il y a un sens imagé, des métaphores... ce sens subjectif à dire qu'est-ce que vous auditeurs vous allez mettre derrière ? L'importance d'un artiste c'est que les gens soient touchés, provoqués. On a cette liberté d'expression qui diminue de plus en plus, hélas.


Comment vois-tu l'année 2021 avec ces incertitudes ?


On ne peut pas être pessimistes. On a toujours en nous à la fois l'optimisme et aussi le côté mélancolique. Nous ce qu'on veut c'est jouer, des dates et on veut s'exprimer. A part l’arthrose et les fuites urinaires il faut venir nous voir car Stubora sur scène c'est une tuerie et ça bouge. Je perds 3 kilos de sueur par concert. On ne peut pas se permettre d'être pessimistes. Après tout ce qu'on a vécu, on ne peut pas l'être. On en ressort plus soudés. On garde une part de foi avec le vaccin et qu'on puisse repartir en septembre voire janvier 2022, même devant 30 personnes on sera content.


On te laisse le dernier mot...

Restez couvert sur la bouche, restez couvert sur le sexe et puis que tout se passe bien. Peace and love.



Plus d'informations sur https://fr-fr.facebook.com/stubora/
 
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